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Livre Papier 14*20 cm, 138 pages, isbn : 978-2-9528879-0-8 imprimé sur papier bouffant ivoiré
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Marie-Kerguelen, le livre

 

 

"Il est des événements dont on ne guérit pas.  

On les porte en soi pour toujours On croit que le temps passe, qu’il lisse l’effroi. 

On croît qu’on a sublimé l’épreuve,
qu’on l’a dépassée, oubliée. 
Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte.
Le cœur, déséquilibré, ne bat plus pareil.
Une fenêtre est béante, le vent s’y engouffre, la vie s’y dérobe.
On est glacé. On est perdu. Une part de soi s’est enfuie.
On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours.
En soi, désormais, quelque chose n’attend plus que la fin.  
Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie. 
En laissant ma fille s'envoler, j'ai trouvé une pierre précieuse,
une petite flamme qui s'apparente au cristal de l'âme..."

Ó gaëlle Brunetaud, extrait de "Marie-Kerguelen"

Vendredi 21 mars 2008

 


La lune était pleine

Le soleil était ravi ;

Prenant le chemin de la vie

Notre enfant a ouvert les yeux sur le monde.

4 enfants -étoiles ont traversé la voie lactée,

Salué leur petite soeur, bien arrivée sur la terre, et se sont envolés.

Les temps étaient accomplis.
Pour nous, une nouvelle ère commençait.


Au commencement du monde il n’y eut pas de big bang.

Au commencement du monde, il y eut une intense force de vie et des regards pleins d’émoi.

C'est notre faire part ...
Vous nous l'avez demandé, souvent, dans vos messages privés : Oui, nous sommes "parents sur la terre", depuis quelques mois. Et de nombreux lecteurs nous ont, tour à tour, fait part de la joie qu'ils avaient eu à être ainsi parents, après avoir vécu un deuil.

Ce bébé qui gazouille avec nous, nous ne l’avons pas "mérité", pas plus que nous ne pensons avoir mérité de voir partir les 4 autres. Notre fille vivante n’est pas une victoire mais elle peut être un espoir. Espoir pour les couples qui attendent une improbable grossesse, espoir pour les familles endeuillés, signe qu’il n’y a pas de fatalité.

Vous nous avez souvent interrogé sur le temps du deuil. Je ne suis pas thérapeuthe ; il me semble simplement, à l'aune de ma seule expérience, que "faire son deuil" est une "mission possible". Mais je crois que personne ne peut dicter à qui que ce soit le temps, la distance et les détours que ce chemin peut prendre. Personne ne peut dire "pour moi c'est pire, moins pire, etc..." Je crois que la douleur ne dépend pas du temps passé dans le ventre, ni de l'ordre dans la fratrie, ni du temps passé à attendre. Elle dépend peut être de ce avec quoi elle va résonner, de la manière dont nous allons pouvoir la traverser, et de l'accueil que nous fait notre entourage. A plusieurs, c'est parfois moins lourd à porter !
Lytta Basset écrivait, après le suicide de son fils : "A l'évidence, ce qui m'était arrivé me conduisait ailleurs que vers la mort". C'est cet ailleurs que nous vous souhaitons de découvrir, le moment venu. Un ailleurs qui n'appartient qu'à vous. Un lieu que nous rêvons bien joli ... même si la tristesse peut toujours revenir, comme une vague de la mer - avant de repartir, emportant dans son sillage un vieux limon.

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Samedi 31 mars 2007

Dans l’émotion, on n’a souvent plus de mots. On a des larmes, on a des cris, on est abruti, abasourdi. On est sans voix, ou bien ce son n’est qu’un hurlement.
Quand les mots reviennent, c’est bon signe. Nommer les évènements, c’est se donner la possibilité de les mettre à distance, de les observer, de tourner autour, de voir ce qu’on en fait. Il faut pouvoir penser pour panser. Et c’est à ça aussi que servent les psychothérapies : mettre en mots, faire des liens, trouver du sens, reprendre la responsabilité de sa vie,… l’important n’étant pas seulement « ce qu’on nous a fait » mais « ce qu’on fait de ce qu’on nous a fait ».

Mettre un mot sur une chose, c’est la faire exister. Et c’est à double tranchant. Pour guérir, certaines personnes ont besoin de savoir qu’elles ont un cancer. Elles savent ainsi contre qui elles luttent, et elles peuvent fourbir leurs armes. D’autres, au contraire, iront mieux si elles ne savent rien : ce qui n’est pas nommé n’existe pas, ce qui n’existe pas ne les atteint pas. Elles se soignent en traitant la maladie par le mépris. Ainsi, peut être, le mal peut partir comme il était venu, dans l’inconscience et le silence …
Tout dépend des tempéraments. Les mots peuvent engendrer des maux autant que l’absence de mots peut somatiser des maux.
Car les mots disent la perception que nous avons de notre environnement. Ils sont en prise directe avec notre réalité.

Dans ce contexte, pourquoi vouloir, à tout prix, donner un prénom au bébé qu’on perd à la naissance, pourquoi désirer si fort un nom sur un livret de famille, un acte de naissance ? Pourquoi un tel besoin de reconnaissance ?
J’aimerais que nous partagions nos expériences pour mieux comprendre ce qui se trame ici. J’aimerais que vous nous disiez ce que vous avez eu besoin de vivre, ce que vous auriez aimé vivre autour de ces mots et de cette reconnaissance. N’hésitez pas à commenter ce texte qui n’est qu’une ébauche, le début d’un questionnement. Avez-vous eu besoin de la reconnaissance de votre bébé mort à la naissance ? Que vous a-t-elle apporté ? Si vous ne l’avez pas eu, quel impact cette absence a-t-elle eu sur votre travail de deuil ?

En accouchant de Marie-Kerguelen, je tenais absolument à ce qu’elle soit reconnue. J’avais supplié le médecin. Je voulais un acte de naissance, il fallait qu’elle soit vivante. Un prénom, un nom, une date, c’est tout ce qui me resterait d’elle, c’est la seule chose qui prouverait aux autres qu’elle était passée, qu’elle avait existé, qu’elle n’était pas un bout de chair, un début de rien, un espoir brisé.
Et puis, il y avait cette question de statut. Il s’agissait de quitter l’état de fille pour devenir mère. Il s’agissait de mettre les mots en accord avec ce qui s’était passé : une maternité, avec tout ce qu’elle implique de transformation psychique, physique, voire spirituelle. Une maternité dans tout ce qu’elle a de sens initiatique.
Marie-Kerguelen est née vivante, il n’y a eu qu’à écrire la vérité. J’ai eu ce papier, j’ai eu cette reconnaissance administrative. J’ai vu que cette reconnaissance « légale » n’impliquait aucune reconnaissance sociale, aucun droit particulier, mais qu’elle permettait d’affirmer son point de vue sans se laisser impressionner par celui des autres, pour qui il ne s’était rien passé, pour qui rien n’était venu, rien n’était parti, pour qui il n’y avait eu que l’illusion de la vie. Et dans le choc hormonal de la naissance, dans le choc psychique de la mort, dans le choc physique du corps qui se vide et s’éteint, on a bien besoin de repères.
La reconnaissance administrative peut être ce repère.

Mais il faut peut être aussi quelqu’un pour aller plus loin, quelqu’un pour vous écouter et vous dire : oui, vous avez perdu un enfant, ce n’était ni un ange, ni un pur esprit, ni un bout de chair. C’était un enfant fait pour la vie, c’était un enfant qui n’a pas pu continuer le voyage sur la terre. Ces paroles là m’ont apaisée. Quelqu’un, qui n’était pas moi, disait exactement ce que je ressentais. Je n’étais donc ni folle ni hébétée. Je pouvais donc faire confiance à mon ressenti, donner un prénom à cet enfant, et commencer à m’habituer à cette réalité : Marie-Kerguelen était venue et elle était partie. Ainsi, je pouvais commencer à la laisser aller, à me libérer d’elle et de tout ce que mon ventre tendait de garder d’elle, en vain.

Pour Rafaël, envolé avant la date de reconnaissance officielle (voir l’article statut du bébé dans la catégorie origines), je n’ai pas eu de papier. Rien qui prouve l’accouchement, rien qui dise qu’il avait existé. Je ne l’ai même pas vu, sauf en rêve. Je ne l’ai même pas touché. Il n’y a pas eu de funérailles. Les seuls éléments tangibles qui me restent, ce sont 5 échographies et un compte rendu d’autopsie.
Et cette fois, l’absence de reconnaissance ne m’a pas perturbée. Pourquoi ? Etait-ce lié au terme ? Etait-ce lié à ma précédent expérience ?
Je n’en sais rien, il y a sans doute un peu des deux, mais je penche davantage pour la seconde hypothèse.
Mon mari me disait « nous, nous savons qu’il a existé,  que nous donnerait un papier ? Que nous importe ce que pensent les autres ?»
Et sans doute avait-il raison. Je n’ai rien demandé, l’inscription au registre des embryons ne me disait rien, je n’avais pas perdu un embryon de 25 centimètres, j’avais perdu un bébé, c’était la fin d’un rêve, d’un projet, de tout un pan de vie. Le registre des embryons n’exprimait rien de cette réalité là.
Rafaël était le frère de Marie-Kerguelen, et ce qui m’intéressait, désormais, ce n’était pas qu’on me donne un papier, c’était de retrouver le sens de la vie après son départ, et de comprendre ce que son passage pouvait m'enseigner.
J’avais appris à faire confiance à mon instinct, je me moquais de ce que les gens pensaient, la vérité avait acquis en moi son infinie relativité, je croyais à la vie après la mort et cela me suffisait. Sans devenir mystique et tout en gardant les pieds sur terre, j’avais appris à croire à ce que je ne voyais pas.

Reste que peut être, si Rafaël était né plus tard, j’aurais eu besoin de cette reconnaissance administrative. Et peut être, un jour, nos autres enfants trouveront étrange d’avoir un acte pour Marie-Kerguelen et rien pour Rafaël. Je n’en sais rien.
Reste, enfin, que cette reconnaissance administrative, si elle ne se suffit pas à elle-même, me semble un vrai pas dans le respect de la vie et de ce que vivent les parents. Car les mots et les actes ne sont pas rien. Deuil périnatal, ça ne veut pas du tout dire la même chose que fausse couche.
Qu’en pensez-vous ?

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Mardi 20 mars 2007

Caroline m’écrivait hier soir : « Je tenais à te dire merci, grâce à toi j'ai compris que j'avais offert l'éternité à Clément; par conséquent j'arrive à y penser sans pleurer. A en parler sans faire paraitre ma peine, mais plutôt la joie que j'ai eu à partager sa vie. Ton livre a été pour moi la petite lumière qui m'a fait avancer. J'arrive enfin à voir mon petit prince comme un voyageur :)
Merci. »

Bizarrement, j’avais depuis très longtemps cette petite phrase dans la tête : « quand on donne la vie, on donne la mort ». Je ne savais pas à quel point c’était vrai, à quel point la vie et la mort se rencontreraient dans les premières vies que j’essaierais de mettre au monde.

On sait peu de choses. On sait le début de l’histoire : la conception. Et encore … elle est bien cachée à l’intérieur des corps, elle se fait sans bruit, et, pour la plupart, son moment exact est un mystère. De la suite on ne sait rien : quel sera le caractère du petit être qu’on porte en soi, quel sera son visage, ses joies, ses talents, combien de temps nous vivrons ensemble …
Attendre un enfant, c’est s’offrir à ce mystère, s’offrir malgré tout, malgré les risques – fausses couches, malformations, anomalies génétiques, mort in utero, mort subite, accidents en tous genres ….-.
Donner la vie, c’est se donner à ce dont on ne sait rien, mais qui est la vie.

Bien sûr on aurait aimé que le voyage s’éternise, bien sûr on aurait voulu que l’enfant reste… Une femme enceinte n’imagine pas son bébé ailleurs que dans ses bras et dans sa vie.
Mais malgré le chagrin, le vide, le silence et le manque, comme l’écrit Caroline, nos bébés sont passés parmi nous, et ce passage a été une joie. Nous avons été heureuses de les porter dans le ventre, heureuses de cette conversation de corps à corps et de cœur à cœur, heureuses de ce temps passé ensemble. Alors, au fil du temps, au fil du deuil, de temps en temps, on peut peut-être réussir à retrouver cette joie là et à la conjuguer au présent. La joie d’avoir porté cet enfant, la joie de l’avoir eu contre soi, et la joie, peut être, de le savoir vivant, quelque part, dans un endroit dont on ne sait rien, mais dont on espère, dans le secret de notre âme, l’existence bienfaisante.  
Une vie est une vie, sa valeur n’attend pas le nombre des années, nous en avons déjà parlé. Une vie est une vie, et une vie peut être une joie
.

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Jeudi 15 mars 2007

L’une d’entre vous réagissait hier au commentaire que j’avais laissé à Natte. Elle m’incitait à ne pas en rester là.
Voici un sujet délicat que je ne compte pas « traiter », pas plus que le reste, mais juste évoquer, pour qu’à votre tour, vous réagissiez si vous en avez envie, et que nos pensées mûrissent ensemble, quitte à diverger.

Une collègue me disait, il y a deux ans : « comme tu as perdu un bébé et que vous avez du mal à en avoir, je me suis dit que je n’avais pas le droit de continuer à prendre la pilule si moi je pouvais avoir des enfants ». Si elle avait cette possibilité, il lui fallait en faire une réalité. Son explication m’avait étonnée. Réalise-t-on tout ce qui est possible ? Doit-on réaliser une chose sous prétexte qu’elle est possible ? Allait-elle avoir 9 ou 10 enfants, à ce compte là ? Doit-on remplir une terre déjà surpeuplée de nouveaux enfants, sous prétexte qu’on peut les faire pousser dans le ventre ? Ses enfants ne remplaceraient pas les miens, ils ne rempliraient pas ma vie. D’ailleurs, elle ne comptait pas me les donner ! Il me semble qu’elle faisait un lien entre des choses qui étaient sans rapport, ou qui, en tout cas, n’avaient pas le rapport qu’elle décrivait.
Un autre m’avait dit, un peu avant : «je suis désolée, je suis enceinte ». Sans doute était-elle ravie d’être enceinte, mais gênée vis-à-vis de moi. Et en effet, ce n’est pas toujours facile, quand on vient de perdre son enfant et quand on sait qu’ils ne « viennent » pas si facilement, d’affronter la maternité des autres. Mais de quoi était-elle désolée ? Sont bébé à venir n’ajoutait rien, n’enlevait rien à mon bébé envolé.
Certaines femmes tombent enceintes mais ne peuvent pas garder ce bébé. D’autres ne peuvent pas en avoir, d’autres encore sont enceintes et perdent l’enfant du désir. Tout cela existe. On aimerait avoir un bébé quand on veut, et pas de bébé quand on ne le veut pas. Mais la vie, ce n’est pas cette volonté toujours exaucée. Je ne crois pas qu’il y ait un nombre défini d’enfants à naître, et des erreurs de livraison qui autoriseraient les comptes et les comparaisons. Je ne crois pas que les grossesses interrompues empêchent les naissances ou les grossesses désirées.

Parfois, dans une même famille, deux enfants doivent naitre au même moment, et, pour l’un des deux, la vie s’arrête. J’en ai fait l’expérience. On peut alors avoir l’impression qu’il fallait que l’un meure pour que l’autre vivre. On peut imaginer alors que l’autre nous vole notre bébé, parce qu’elle a eu le seul qui était possible. En fait, ce dol qu’on ressent, il ne vient pas tant du fait que l’autre bébé vit. Il vient de ce que la famille choisit de nier l’enfant mort pour ne plus envisager que le vivant, parce que, sans doute, la collusion de la vie et de la mort est trop difficile à appréhender.
Ainsi, certaines choses ne sont liées que parce qu’elles arrivent au même moment. La vie va et vient. La confrontation à la mort est infiniment douloureuse et difficile, mais elle existe tous les jours sur la terre. Dans certaines régions d’Inde, au petit matin, on ramasse les corps décédés dans la nuit. Et la vie continue ...  Comment s’en prémunir ?
Pas en jugeant les autres.
Le désir d’enfant n’éveille en moi aucune position sur l’avortement. C’est facile d’être pour ou contre quelque chose, de façon théorique, quand on n’y est pas confronté dans sa chair ! Qui serais-je pour juger les femmes qui avortent ? La douleur que j’ai ressentie à la mort de Marie-Kerguelen ne me donne aucun droit particulier.

En revanche, les questions de la reconnaissance du fœtus et de l’avortement se rencontrent sur le statut du bébé. S’il est un être humain dès le début de la grossesse, comment justifier l’avortement ? Comment décider quand une vie est une vie ? Valérie Lear m’expliquait hier que la loi en Ontario reconnait une "naissance sans vie" à partir de 20 semaines. Avant, l'enfant n'a aucun statut, il n'est "qu'un incident de parcours", un "échec", une "fausse-couche". En France, un enfant peut être déclaré à partir de 22 semaines d’aménorrhée, ou bien s’il est né vivant, ou bien s’il fait plus de 500 grammes. Les avis divergent... C’est pourquoi j’écrivais à Natte « Il faudrait donner à la vie une place juste qui ne la rende pas obligatoire, mais qui la rende possible ». Interrogée par une journaliste qui préparait un article sur le mouvement pour la reconnaissance de l'existence des enfants perdus avant 20 semaines, Valérie Lear avait répondu : « Ne me donnant pas moi-même le droit de décider pour d'autres quand une vie est une vie, le droit de décider que mon enfant est un enfant devrait m'être accordé. »

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Mardi 13 mars 2007

Faut-il s’abimer à faire vivre une présence qui n’est plus, et rester là, comme le seul témoin d’une histoire qui est terminée ? « Il faut oublier les échecs et aller de l’avant » : ainsi m’a parlé quelqu’un qui me voulait du bien et qui avait jeté un œil sur le blog. Je m’étais donc mal fait comprendre…

Parce que je suis d’accord avec lui, au fond : s’il s’agit de ressasser, de tourner en rond, s’il s’agit de rester coincé dans le labyrinthe infernal de la douleur, de la tristesse et de la colère, ça ne sert à rien. Cela peut être une étape, et chacun devrait pouvoir mettre lui-même un terme à cette étape là. Nous sommes tous différents, l’épreuve du deuil périnatal ne fait pas de nous des semblables, nous ne l’avons pas vécue de la même manière, dans le même contexte, ni avec le même corps, les mêmes préliminaires ou le même pronostic. Et, plus important encore, sans doute, nous n’avons pas tous les mêmes ressorts.

Je ne suis cependant pas d’accord avec ceux qui nous pressent d’oublier, s’il s’agit d’un oubli qui ne serait qu’un refoulement. Il ne me semble pas juste non plus de rester sur l’idée d’un échec là où il y a quelque chose à apprendre qui peut nous faire grandir. A passer trop vite à autre chose, on risque de  manquer les fruits de l’expérience. Et là encore, ce « trop vite » ne se compte pas avec les heures de la montre, il dépend de chaque individu.

Pardon si je me répète, mais je voudrais dire encore, avec d’autres mots : Marie-Kerguelen n’est pas un échec, c’est un être humain dont la vie a été brève, une petite fille qui n’a fait que passer. Les bébés, les enfants que vous avez perdus ne sont des échecs que dans la mesure où vous les voyez ainsi. Je ne crois pas que la mort soit un échec, elle fait partie de ce qui donne sens à la vie, elle est le mystère dans lequel nous nous inscrivons tous. La souffrance n’est pas un échec, elle est une traversée. Nous nous en serions bien passés. Mais quand elle est là, elle nous met face à nos limites, à notre fragilité. Et en même temps, le chemin de guérison ouvre un nouveau champ de possibles. 

J’ai longtemps hésité avant de publier « Marie-Kerguelen ». Il m’a fallu presque trois ans. J’avais peur et honte d’exposer la souffrance de la femme que j’étais, de la mère que j’étais en train de devenir, de mon couple qui menaçait d’exploser. Je ne voulais pas déballer notre vie. Je n’ai pas l’habitude de parler de moi. Je suis d’un naturel discret. Je ne voulais pas dire notre fragilité. Et en même temps, il fallait bien dévoiler un peu, pour que le message passe, pour que la vie apparaisse à la fin de l’histoire, plus forte que la mort. Francine Carrillo a écrit cette phrase qui dit bien ma pensée de ce soir : « Notre vulnérabilité est signe de notre humanité, car vivre, c’est être exposé à ce que nous ne savons pas, et qui est tout simplement la vie ».

Notre fragilité, notre sensibilité, c’est ce qui nous permet de partager nos émotions, c’est ce qui nous permet de parler de cœur à cœur, en vérité. Nous avons porté un enfant, le chemin du bonheur était tracé, et la route s’est effondrée brutalement. Nous avons perdu quelqu’un qui semblait immortel. Nous avons eu un accident qui paraissait inconcevable. Nous ne maîtrisons pas grand-chose au fond, et nous sommes tous de passage. Alors il faut déguster chaque instant de la vie. Le présent est un présent, un cadeau.

Alors je voudrais achever ma petite balade par cette citation : « Ne liquidez pas trop vite vos blessures : elles peuvent, si vous en avez la grâce et le courage, donner naissance à des ailes ». Jean Sulivan

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Vendredi 9 mars 2007

Quand l'enfant ne paraît pas ou qu'il disparait trop tôt, un sentiment de culpabilité vient parfois alourdir la douleur de la perte.
Qu’est ce que j’ai fait ? Quelle action, quelle pensée ont causé la perte, l’attente, le vide ? Qu’ai-je fait au bon dieu, à la nature, à la vie ? Aurais-je du me reposer davantage, ne pas faire cette balade, cette sortie ? Aurais-je du être plus proche de mon bébé, le veiller davantage ?
Et nous voilà l’estomac noué, le cœur retourné, à maudire ou à souffrir encore plus.

La culpabilité ne mène nulle part, mais s’en convaincre ne suffit pas à s’en libérer. Elle vient souvent avec la question du pourquoi : "pourquoi moi, pourquoi nous, pourquoi mon enfant ?" Quand j’ai perdu Marie-Kerguelen, des personnes bien intentionnées ont voulu répondre à ma place à ces interrogations. J’étais fragilisée et, à l’époque, leurs réponses m’ont blessée : "nous n’étions pas prêt, je ne devais pas avoir d’enfants avec ce mari là, que pourtant j’aimais tant !" De quel droit osaient-elles donner des réponses à des questions que je ne leur avais même pas posées ?

Peut-être parce que l’être humain croit trop fermement à la logique de cause à effet. Pour répondre à la question du « pourquoi n’ai-je pas pu garder mon bébé » ou à celle du « pourquoi mon enfant est-il malade, handicapé », il me semble qu’il faudrait savoir pourquoi on est né ici, en France, dans cette famille là, et pas au Mali, en Corée du Nord ou en Norvège. Il faudrait savoir pourquoi notre voisin s’est fait renverser par une voiture alors qu’il respectait les règles de la circulation, et pourquoi un autre a un cancer alors qu’il menait une vie saine.

Certains ont des réponses à ces questions. Tant mieux pour eux si ça les console ou si ça les rend forts. Moi, je n’en ai trouvé aucune qui me convienne.
Une amie m’avait dit « tu as de la chance, on n’a pas tous un ange qui veille sur nous ». J’aurais volontiers échangé mon bébé mort contre son enfant vivant… Je n’attends pas de Marie-Kerguelen qu’elle veille sur nous, et je ne crois pas non plus en un Dieu sadique qui aurait besoin de faire souffrir des familles pour fabriquer des anges pour remplir son ciel. Je crois encore moins avoir été choisie pour donner au monde des êtres purs, vierges et angéliques. J’ai entendu cela une fois. Pour moi, c’était aberrant. Avoir perdu un bébé ne fait de moi ni une sainte ni un martyre. Je ne connais rien aux anges, mais j’ai l’intime conviction que s’ils existent, ils n’ont pas besoin de passer par l’incarnation, puisqu’on les dit désincarnés. Du coup, je suis moyennement à l’aise avec le mot ange, même si je l’ai moi-même utilisé.
 
A l’ange, j’ai préféré la fée. Ce terme n’est pas parfait non plus, il a aussi sa part de mythe, il est aussi galvaudé. Mais il correspondait si bien à ce que je ressentais que, trois mois après le départ de Marie-Kerguelen, j’en ai fait une broderie en hommage à son passage. Comme pour Caroline (
http://mafilleunefee.over-blog.com/), ma fille était mon enfant, mais elle était aussi ma fée. Parce que, si je ne trouvais aucune cause à son départ, je commençais à entrevoir des conséquences, des fruits, et je commençais aussi à retrouver le désir d’être en vie.

Marie-Kerguelen, par son passage éclair, m’avait légué deux ou trois secrets qui m’accompagneraient désormais.
Son départ, comme un caillou lancé dans une marre, projetait ses échos tout autour de moi.
Je l’avais portée, mais elle m’avait portée aussi, comme l’a écrit Natte hier en commentaire. Elle m’avait porté vers un monde plus ouvert et plus grand.

Je ne crois pas non plus que ce soit l’apanage des enfants morts, que de nous faire sortir de nos mondes un peu étroits. Les enfants vivants, également font grandir leurs parents ; comme la plupart des expériences de la vie font mûrir les gens, même à leurs dépens.

 

 

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Vendredi 9 mars 2007

Merci à Marie, Caroline et Marielle pour cette belle citation : "Toute vie achevée est une vie accomplie. De même qu'une goutte d'eau contient déjà l'océan, les vies minuscules, avec leurs débuts si brefs, leur infime zénith, leur fin rapide n'ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter" 
Extrait de "La chambre" de F. Chandernagor

Si j’avais un seul combat, ce serait la lutte contre les comparaisons. Une vie est une vie. Une expérience est une expérience. Il ne s’agit pas de savoir quelle situation est plus difficile ou plus à plaindre. Il s’agit de survivre à la douleur, quelle qu’elle soit, et de retrouver le goût de vivre malgré tout. Il s’agit de tirer parti des expériences pour grandir, mûrir, et accéder à une part de soi qui, peut être, sommeillait avant.

Un vieillard a-t-il plus de valeur qu’un enfant de cinq ans ? Celui qui s’éteint à 97 ans a-t-il plus de valeur que le jeune homme qui décède à 30 ans ? Non. La valeur n’attend pas le nombre des années, ni même des heures. Une vie est une vie.

Qu’un être ait respiré 3 minutes ou 85 ans, qu’il ait passé 9 mois dans le ventre ou 95 ans sur la terre, c’est un être humain qui part, c’est un être humain qu’on perd. Les femmes humaines ne portent pas des crevettes, des esprits étranges, ni même des anges – même s’il nous plait parfois de parler ainsi des bébés envolés, car cette image éveille en nous l’idée d’un monde de douceur et de tendresse que nous souhaitons à nos enfants, qu’ils soient, ou pas, sur la terre.

On pourra lui donner tous les noms qu’on veut, une vie est une vie. Et à ce titre, on a le droit de l’aimer. Et je vais vous livrer un secret que partagent la plupart des mères endeuillées, et avec elles les pères, les frères, les sœurs, les fils et les filles : l’amour pour un être qui a quitté la terre ne condamne pas au désespoir. Au contraire. Ce dont j’ai voulu témoigner dans mon livre « Marie-Kerguelen », c’est comment, d’un chagrin incommensurable, peut naître un amour infini, qui donne à la vie une nouvelle perspective, aux jours un nouveau sens, aux motivations une nouvelle dimension.

Non pas parce que le cataclysme a tout rasé sur son passage et que nous sommes terrassés. Non, Mais parce que le cataclysme, en bouleversant nos repères, a ouvert une fenêtre sur un monde plus riche et plus grand.  

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Jeudi 1 mars 2007

Comme moi, vous avez du recevoir ces publicités : « votre enfant a 1 mois, 3 mois, 6 mois, 2 ans ». Si votre bébé est vivant, peut être ne vous en souvenez-vous même pas. Si votre bébé est parti, peut être ces messages ont il ajouté à votre peine.
Merci à eux de nous aider à ne pas oublier les dates anniversaires ! Merci à eux de nous montrer tous les jeux d’éveil que notre bébé ne touchera pas… Merci aux maternités qui donnent leurs listings aux rois du mailing sans épargner les parents endeuillés.

Je leur ai écrit, en vain. J’ai continué à recevoir leurs tracts et j’ai continué à les déchirer. Non, mon premier enfant est parti, vous n’en ferez jamais un avide petit consommateur.
Au début, leurs courriers me faisaient pleurer. Mais en fait, tout me faisait pleurer. J’étais sous le choc hormonal, physique, psychologique.

Et puis après, je m’en suis moquée, comme de toutes ces choses qui n’avaient plus d’importance. Dans le tourbillon de la naissance qui file vers la mort, dans cette épreuve de la vie qui ne fait que passer, tellement de choses avaient perdu toute importance ! D’ailleurs, j’ai eu un mal de chien à retravailler, à me motiver pour des projets qui ne me semblaient aller nulle part, à me battre pour des sujets qui ne valaient aucune peine. Je ne me défendais pas contre ceux qui auraient voulu prendre ma place. Je ne me rendais même pas compte de leurs luttes intestines. J’étais déconnectée. Tant de choses n’avaient plus prise … C’est ainsi qu’on peut dire qu’après l’épreuve, on est plus fort. « Tout ce qui ne tue pas fortifie »… oui, peut être … Mais si je suis plus forte, je suis plus fragile aussi. La plaie est là, tout proche. Tellement béante qu’elle semble parfois ne pas pouvoir se refermer.  
 

Dans cet état, comment vivre les dates anniversaires ?
Car au fond, même sans les rois du marketing, il faut faire avec les dates anniversaires. On voudrait les oublier, mais le corps les connaît. La petite calculatrice inconsciente sait parfaitement où elle en est, quel âge notre enfant devrait avoir, à quelle date notre bébé est parti, à quel moment ont eu lieu les catastrophes.

L’autre jour, alors que je me croyais guérie, j’ai ressenti une douleur au creux du ventre en regardant sourire une petite blonde. J’ai demandé l’âge de la fillette à sa maman. Elle était née à peu près en même temps que Marie-Kerguelen. Quelle part de moi avait pu lire l’âge de la petite aussi précisément ?

On voudrait arrêter cette horloge, débrancher le mécanisme, mais il n’y a pas grand-chose à faire. Juste laisser passer. Laisser passer l’émotion qui monte, le corps qui crie, lui dire « oui, je t’ai entendu, oui, je me souviens, oui, je reconnais ». Dire : oui, tout ça est arrivé, mais ça ne veut pas dire que ça recommencera. Oui, j’ai perdu mes bébés jusqu’ici, mais peut être le prochain survivra. Oui, mes bébés envolés existent, ils ont une place que personne ne prendra. Mais il y a de la place pour les autres, qui viennent. Oui, j’ai souffert, mais peut être, bientôt, il y aura de la joie dans la grossesse, et un bébé à la sortie de la maternité. Oui, un jour, il n’y aura pas seulement du vide, de la tristesse et du silence. D’ailleurs, même maintenant il y a de la joie !  

Je me souviens du premier anniversaire de Marie-Kerguelen. Je m’étais offert une journée de congés. Une pleine journée pour elle et moi. Le 5 avril 2005, il faisait un temps tout doux, un temps d'alternance de soleil et de pluie fine.

En fin de matinée, j’ai senti deux mains sur mon épaule, un souffle dans mon cou. C’était un rêve peut être, mais j’ai cru saisir un bisou. J’étais sur la place du marché de Garches, le dos à l’église. Le baiser est venu par la porte grande ouverte. J'ai regardé l'horloge, ça faisait un an tout juste que j'avais accouché.

J’ai passé une journée toute douce, à remercier Marie-Kerguelen d’être venue dans nos vies, parce que ce temps partagé, c’était tout de même mieux que rien. Parce que cet amour qui était né pour elle, il était immense, et il était là. Il était tout ce qui me restait d’elle, et ce n’était pas rien.

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Mercredi 28 février 2007

C’est si facile, d’ordinaire, de parler des enfants. D’ailleurs c’est le sujet « personnel » préféré à la machine à café. La politique, les salaires, le boulot, tout cela peut séparer. Les enfants rassemblent. Enfin.. en général.
Pendant 4 ans à attendre l’enfant qui ne paraissait pas, j’avais bien du mal à donner une réponse juste avec un visage serein, quand on me lançait : « alors, tu ne veux pas d’enfants, qu’est ce que tu attends, tu vas t’y mettre bientôt ? ». Me mettre à quoi ? A les fabriquer, me répondait on. Mais voilà, moi je ne les fabriquais pas, ou bien je ne savais pas comment ça se fabriquait, un enfant. D’ailleurs je n’arrivais pas à croire que ça pouvait se « fabriquer ». Pour moi, un bébé, on l’accueillait comme un miracle, comme un merveilleux cadeau de la vie.

J’avais peut être une mauvaise recette, un mauvais moule, de mauvais ingrédients. J’avais peut être trop de désir, pas assez de patience, trop de volonté, pas assez de lâcher prise… je n’avais peut être pas de chance, pas un mari fait pour ça, enfin, je ne sais pas. Mais moi, je ne les fabriquais pas. Faire un enfant … ce qui semblait si facile à la plupart m’était impossible.
Alors, selon l’interlocuteur, je disais que mon mari allait traverser l’atlantique à la voile et qu’on verrait après. Ou bien je disais que les enfants, ça ne venait pas toujours dès qu’on en avait envie. Mais plusieurs fois, on m’a répondu que si. Certaines personnes ont de telles certitudes…
Comment leur dire, que non, ce n’était pas l’égoïsme qui m’empêchait d’avoir un enfant. D’ailleurs, quand j’étais petite, je voulais adopter tous les orphelins de la terre, je voulais des enfants de toutes les couleurs, ma tribu imaginaire était aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel ! Non, ce n’était pas l’égoïsme et déjà, je devais faire avec cette absence de réponse. Non, je n’avais pas d’enfants, je ne savais pas pourquoi, et je ne savais pas comment faire pour y remédier vraiment.

Et après Marie-Kerguelen, que dire ?
Au début, à la question « avez-vous des enfants » je répondais « oui, mais pas sur la terre ». Mon interlocuteur se demandait ce que je voulais dire, s’il avait manqué un mot, ou si j’étais de ce genre d’extralucide hallucinée qui croit parler avec les esprits.
Après j’ai dit « non, pas à la manière dont vous l’entendez » ou bien : « oui, mais ils sont morts ». A cette réponse, mon interlocuteur se transformait en statue de sel, se figeait soudain sur place, ses yeux tournaient sur leurs orbites, cherchant vainement ce que je pouvais bien vouloir dire par là. Pourtant c’était clair, mais on aurait dit qu’il était incapable de se figurer la mort d’un bébé. Brusque retournement de la pensée humaine, quand on songe que les mères de nos mères savaient à quel point la mort infantile était fréquente, et la mort néonatale encore plus. Notre génération croit elle que la mort n’existe plus ? Peut être, d’une certaine manière, et nous pourrons en reparler … si vous voulez dire ce que vous en pensez !.

Et puis, enfin, quoi, répondre à la question "avez vous des enfants?" : « non » ?
Oui, parfois, je m’y prends, à répondre non.
Parfois je dis que j’en ai porté 4, et qu’ils n’ont pas pu rester. On m’a déjà rétorqué que je ferais bien de ne plus jamais essayer pour ne pas souffrir encore. Encore une proposition à ranger dans l’immense placard des phrases négatives et vaines...

J’ai du mal à répondre non. Parce que perdre un bébé, c'est possible, ça existe, c’est une réalité, et je voudrais qu’on cesse de le cacher. Je voudrais dire : Non, le deuil périnatal n’est pas une maladie contagieuse. En parler ne va pas faire mourir l’enfant que vous portez. En parler ne va pas faire disparaître l’enfant qui vient de naître. Alors pourquoi faudrait-il le cacher, n’en parler jamais, croire que ça n’arrive pas ? Nos échanges semblent dire que ce n’est pas si rare, de  perdre un enfant.
Alors j’aimerais savoir ce que vous, à cette question vous répondez ?

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Jeudi 22 février 2007

Ce sont les mots d'un homme que j'ai croisé tout à l'heure.

Assis par terre, la tête penchée en avant, il me racontait sa vie misérable, ses souffrances et sa tristesse. Je l'ai écouté sans rien dire. Juste être là... Et puis il m'a dit : "Tu as des enfants ?!"  Je n'ai d'abord pas compris s'il posait une question, ou s'il s'agissait d'une exclamation. Alors j'ai répondu, j'ai dit en quelques mots concis mes bébés envolés.
Il a relevé la tête. Il m'a regardée droit dans les yeux. Il s'est levé, il a ôté sa casquette, il a laissé sa tristesse et sa misère sur le trottoir, son visage s'est ouvert sur un front soudain lisse, des joues pleines et de grands yeux étonnés. Et il a dit : "Tu es plus grande que moi. Tu vois, je pourrais être ton père, mais tu es plus grande que moi. Tu as vécu tout ça, tu as vécu ce qu'il y a de pire, et tu te tiens là, droite, vivante, humaine."

Nous nous sommes quittés. Cet homme m'en a rappelé d'autres, avec qui je parlais à l'hôpital de Garches. Ces gens là avaient souffert. Je ne sais pas ce qu'il y a de pire, dans l'échelle de la douleur; nous portons chacun notre lot de peines et d'injustices et je ne peux pas juger.
Oui, nous avions tous souffert, mais ce n'est pas cela qui nous rassemblait. Ce qui rendait frères et soeurs en humanité, ce n'était pas la souffrance, c'était le fait que nous nous tenions debout, c'était le fait que nous étions vivants. C'était le fait que nous étions capables de traverser la souffrance pour regarder du côté du bonheur - parce que le bonheur, comme dit Barjavel, "c'est maintenant ou jamais".

Je ne sais pas si c'est un choix, si c'est une question de volonté, ou s'il s'agit de quelque chose qui nous est offert, par delà la douleur, le vide et le manque.  
Je ne sais qu'une chose : Nous nous tenons debout, nous sommes vivants. Nous avons perdu un pied, une jambe, un enfant, rien de tout cela n'est comparable mais tout cela est douloureux, nous avons perdu mille projets, nous avons perdu tout un pan de notre avenir, mais nous sommes aussi capable de bonheur et de joie.

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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