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gaelle brunetaud 6 rue de breteuil 94100 Saint Maur des Fossés

Livre Papier 14*20 cm, 138 pages, isbn : 978-2-9528879-0-8 imprimé sur papier bouffant ivoiré
livré en France : 11€
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livré dans le reste du monde : 14,5€
livre numérique : 5€
83 pages en format 21*29,7cm

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Marie-Kerguelen, le livre

 

 

"Il est des événements dont on ne guérit pas.  

On les porte en soi pour toujours On croit que le temps passe, qu’il lisse l’effroi. 

On croît qu’on a sublimé l’épreuve,
qu’on l’a dépassée, oubliée. 
Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte.
Le cœur, déséquilibré, ne bat plus pareil.
Une fenêtre est béante, le vent s’y engouffre, la vie s’y dérobe.
On est glacé. On est perdu. Une part de soi s’est enfuie.
On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours.
En soi, désormais, quelque chose n’attend plus que la fin.  
Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie. 
En laissant ma fille s'envoler, j'ai trouvé une pierre précieuse,
une petite flamme qui s'apparente au cristal de l'âme..."

Ó gaëlle Brunetaud, extrait de "Marie-Kerguelen"

Mardi 13 mars 2007

Faut-il s’abimer à faire vivre une présence qui n’est plus, et rester là, comme le seul témoin d’une histoire qui est terminée ? « Il faut oublier les échecs et aller de l’avant » : ainsi m’a parlé quelqu’un qui me voulait du bien et qui avait jeté un œil sur le blog. Je m’étais donc mal fait comprendre…

Parce que je suis d’accord avec lui, au fond : s’il s’agit de ressasser, de tourner en rond, s’il s’agit de rester coincé dans le labyrinthe infernal de la douleur, de la tristesse et de la colère, ça ne sert à rien. Cela peut être une étape, et chacun devrait pouvoir mettre lui-même un terme à cette étape là. Nous sommes tous différents, l’épreuve du deuil périnatal ne fait pas de nous des semblables, nous ne l’avons pas vécue de la même manière, dans le même contexte, ni avec le même corps, les mêmes préliminaires ou le même pronostic. Et, plus important encore, sans doute, nous n’avons pas tous les mêmes ressorts.

Je ne suis cependant pas d’accord avec ceux qui nous pressent d’oublier, s’il s’agit d’un oubli qui ne serait qu’un refoulement. Il ne me semble pas juste non plus de rester sur l’idée d’un échec là où il y a quelque chose à apprendre qui peut nous faire grandir. A passer trop vite à autre chose, on risque de  manquer les fruits de l’expérience. Et là encore, ce « trop vite » ne se compte pas avec les heures de la montre, il dépend de chaque individu.

Pardon si je me répète, mais je voudrais dire encore, avec d’autres mots : Marie-Kerguelen n’est pas un échec, c’est un être humain dont la vie a été brève, une petite fille qui n’a fait que passer. Les bébés, les enfants que vous avez perdus ne sont des échecs que dans la mesure où vous les voyez ainsi. Je ne crois pas que la mort soit un échec, elle fait partie de ce qui donne sens à la vie, elle est le mystère dans lequel nous nous inscrivons tous. La souffrance n’est pas un échec, elle est une traversée. Nous nous en serions bien passés. Mais quand elle est là, elle nous met face à nos limites, à notre fragilité. Et en même temps, le chemin de guérison ouvre un nouveau champ de possibles. 

J’ai longtemps hésité avant de publier « Marie-Kerguelen ». Il m’a fallu presque trois ans. J’avais peur et honte d’exposer la souffrance de la femme que j’étais, de la mère que j’étais en train de devenir, de mon couple qui menaçait d’exploser. Je ne voulais pas déballer notre vie. Je n’ai pas l’habitude de parler de moi. Je suis d’un naturel discret. Je ne voulais pas dire notre fragilité. Et en même temps, il fallait bien dévoiler un peu, pour que le message passe, pour que la vie apparaisse à la fin de l’histoire, plus forte que la mort. Francine Carrillo a écrit cette phrase qui dit bien ma pensée de ce soir : « Notre vulnérabilité est signe de notre humanité, car vivre, c’est être exposé à ce que nous ne savons pas, et qui est tout simplement la vie ».

Notre fragilité, notre sensibilité, c’est ce qui nous permet de partager nos émotions, c’est ce qui nous permet de parler de cœur à cœur, en vérité. Nous avons porté un enfant, le chemin du bonheur était tracé, et la route s’est effondrée brutalement. Nous avons perdu quelqu’un qui semblait immortel. Nous avons eu un accident qui paraissait inconcevable. Nous ne maîtrisons pas grand-chose au fond, et nous sommes tous de passage. Alors il faut déguster chaque instant de la vie. Le présent est un présent, un cadeau.

Alors je voudrais achever ma petite balade par cette citation : « Ne liquidez pas trop vite vos blessures : elles peuvent, si vous en avez la grâce et le courage, donner naissance à des ailes ». Jean Sulivan

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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