la valeur n'attend pas le nombre des années

Publié le par gaëlle Brunetaud

Merci à Marie, Caroline et Marielle pour cette belle citation : "Toute vie achevée est une vie accomplie. De même qu'une goutte d'eau contient déjà l'océan, les vies minuscules, avec leurs débuts si brefs, leur infime zénith, leur fin rapide n'ont pas moins de sens que les longs parcours. Il faut seulement se pencher un peu pour les voir, et les agrandir pour les raconter" 
Extrait de "La chambre" de F. Chandernagor

Si j’avais un seul combat, ce serait la lutte contre les comparaisons. Une vie est une vie. Une expérience est une expérience. Il ne s’agit pas de savoir quelle situation est plus difficile ou plus à plaindre. Il s’agit de survivre à la douleur, quelle qu’elle soit, et de retrouver le goût de vivre malgré tout. Il s’agit de tirer parti des expériences pour grandir, mûrir, et accéder à une part de soi qui, peut être, sommeillait avant.

Un vieillard a-t-il plus de valeur qu’un enfant de cinq ans ? Celui qui s’éteint à 97 ans a-t-il plus de valeur que le jeune homme qui décède à 30 ans ? Non. La valeur n’attend pas le nombre des années, ni même des heures. Une vie est une vie.

Qu’un être ait respiré 3 minutes ou 85 ans, qu’il ait passé 9 mois dans le ventre ou 95 ans sur la terre, c’est un être humain qui part, c’est un être humain qu’on perd. Les femmes humaines ne portent pas des crevettes, des esprits étranges, ni même des anges – même s’il nous plait parfois de parler ainsi des bébés envolés, car cette image éveille en nous l’idée d’un monde de douceur et de tendresse que nous souhaitons à nos enfants, qu’ils soient, ou pas, sur la terre.

On pourra lui donner tous les noms qu’on veut, une vie est une vie. Et à ce titre, on a le droit de l’aimer. Et je vais vous livrer un secret que partagent la plupart des mères endeuillées, et avec elles les pères, les frères, les sœurs, les fils et les filles : l’amour pour un être qui a quitté la terre ne condamne pas au désespoir. Au contraire. Ce dont j’ai voulu témoigner dans mon livre « Marie-Kerguelen », c’est comment, d’un chagrin incommensurable, peut naître un amour infini, qui donne à la vie une nouvelle perspective, aux jours un nouveau sens, aux motivations une nouvelle dimension.

Non pas parce que le cataclysme a tout rasé sur son passage et que nous sommes terrassés. Non, Mais parce que le cataclysme, en bouleversant nos repères, a ouvert une fenêtre sur un monde plus riche et plus grand.  

Publié dans expérience vécue

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gaelle 09/03/2007 13:43

Merci Natte. Dans le sillage de tes mots je me souviens d'un jeune homme qui souffrait d'une sclérose en plaques, et que je visitais à l'hôpital. Il avait 29 ans. il souffrait depuis plus de 15 ans. Il ne pouvait plus parler. il avait juste réussi, par les yeux, à me signifier un cahier dans lequel tout ce qu'il avait pu dire était consigné. Il y a avait des dessins, des photos, des poèmes, et beaucoup de douceur. La seule parole qu'il a réussi à prononcer, c'est "pourquoi moi?". Je n'avais pas de réponse, évidemment. Le lendemain, quand je suis revenue, il mourait. Je suis restée une heure, ma main contre la sienne. Et je me disais "cet homme là, pour toujours il est dans mon coeur, et souvient je penserai à lui". A ce moment là j'ai eu cette sensation injuste peut être, mais forte : par ce qu'il témoignait de force de douceur et de courage, par cette grande beauté qu'il avait malgré la maladie, parce la grandeur de l'âme qu'il laissait voir malgré la paralysie presque totale, alors, cette conviction m'est venue que sa vie était aussi valable que n'importe quelle vie, et que sa vie à lui avait un sens. Et souvent, je pense à lui.. On est tout petit devant la souffrance de l'autregaëlle

Natte 09/03/2007 09:33

Oui une vie est une vie!Et non, les douleurs ne se comparent pas...Même si d'instinct, on peut penser que certaines sont plus fortes que d'autres....Mais l'on est tous inégaux devant la douleur, devant l'adversité. Il faut penser à mesurer la douleur ou le bonheur à l'échelle de celui qui la vit. Et ce n'est pas toujours simple.Quelquefois on n'a pas idée de son échelle, elle nous dépasse.Mais je m'éloigne..Une vie est une vie...A quoi sert la vie ? C'est ce que me demandait il y a peu l'homme de la mienne de vie...Elle sert à aimer, à ressentir, à vibrer...Et pour ces vies que l'on aime , que l'on a aimé, pour ces vies qui nous ont fait, pour ces vies qui ont traversé la notre, pour ces vies qui nous ont tant donné, alors la notre vaut le coup d'être vécue.Bisous