dates anniversaire

Publié le par gaëlle Brunetaud

Comme moi, vous avez du recevoir ces publicités : « votre enfant a 1 mois, 3 mois, 6 mois, 2 ans ». Si votre bébé est vivant, peut être ne vous en souvenez-vous même pas. Si votre bébé est parti, peut être ces messages ont il ajouté à votre peine.
Merci à eux de nous aider à ne pas oublier les dates anniversaires ! Merci à eux de nous montrer tous les jeux d’éveil que notre bébé ne touchera pas… Merci aux maternités qui donnent leurs listings aux rois du mailing sans épargner les parents endeuillés.

Je leur ai écrit, en vain. J’ai continué à recevoir leurs tracts et j’ai continué à les déchirer. Non, mon premier enfant est parti, vous n’en ferez jamais un avide petit consommateur.
Au début, leurs courriers me faisaient pleurer. Mais en fait, tout me faisait pleurer. J’étais sous le choc hormonal, physique, psychologique.

Et puis après, je m’en suis moquée, comme de toutes ces choses qui n’avaient plus d’importance. Dans le tourbillon de la naissance qui file vers la mort, dans cette épreuve de la vie qui ne fait que passer, tellement de choses avaient perdu toute importance ! D’ailleurs, j’ai eu un mal de chien à retravailler, à me motiver pour des projets qui ne me semblaient aller nulle part, à me battre pour des sujets qui ne valaient aucune peine. Je ne me défendais pas contre ceux qui auraient voulu prendre ma place. Je ne me rendais même pas compte de leurs luttes intestines. J’étais déconnectée. Tant de choses n’avaient plus prise … C’est ainsi qu’on peut dire qu’après l’épreuve, on est plus fort. « Tout ce qui ne tue pas fortifie »… oui, peut être … Mais si je suis plus forte, je suis plus fragile aussi. La plaie est là, tout proche. Tellement béante qu’elle semble parfois ne pas pouvoir se refermer.  
 

Dans cet état, comment vivre les dates anniversaires ?
Car au fond, même sans les rois du marketing, il faut faire avec les dates anniversaires. On voudrait les oublier, mais le corps les connaît. La petite calculatrice inconsciente sait parfaitement où elle en est, quel âge notre enfant devrait avoir, à quelle date notre bébé est parti, à quel moment ont eu lieu les catastrophes.

L’autre jour, alors que je me croyais guérie, j’ai ressenti une douleur au creux du ventre en regardant sourire une petite blonde. J’ai demandé l’âge de la fillette à sa maman. Elle était née à peu près en même temps que Marie-Kerguelen. Quelle part de moi avait pu lire l’âge de la petite aussi précisément ?

On voudrait arrêter cette horloge, débrancher le mécanisme, mais il n’y a pas grand-chose à faire. Juste laisser passer. Laisser passer l’émotion qui monte, le corps qui crie, lui dire « oui, je t’ai entendu, oui, je me souviens, oui, je reconnais ». Dire : oui, tout ça est arrivé, mais ça ne veut pas dire que ça recommencera. Oui, j’ai perdu mes bébés jusqu’ici, mais peut être le prochain survivra. Oui, mes bébés envolés existent, ils ont une place que personne ne prendra. Mais il y a de la place pour les autres, qui viennent. Oui, j’ai souffert, mais peut être, bientôt, il y aura de la joie dans la grossesse, et un bébé à la sortie de la maternité. Oui, un jour, il n’y aura pas seulement du vide, de la tristesse et du silence. D’ailleurs, même maintenant il y a de la joie !  

Je me souviens du premier anniversaire de Marie-Kerguelen. Je m’étais offert une journée de congés. Une pleine journée pour elle et moi. Le 5 avril 2005, il faisait un temps tout doux, un temps d'alternance de soleil et de pluie fine.

En fin de matinée, j’ai senti deux mains sur mon épaule, un souffle dans mon cou. C’était un rêve peut être, mais j’ai cru saisir un bisou. J’étais sur la place du marché de Garches, le dos à l’église. Le baiser est venu par la porte grande ouverte. J'ai regardé l'horloge, ça faisait un an tout juste que j'avais accouché.

J’ai passé une journée toute douce, à remercier Marie-Kerguelen d’être venue dans nos vies, parce que ce temps partagé, c’était tout de même mieux que rien. Parce que cet amour qui était né pour elle, il était immense, et il était là. Il était tout ce qui me restait d’elle, et ce n’était pas rien.

Publié dans expérience vécue

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Valérie 10/03/2007 02:52

Non, Gaëlle, il n'y a pas à ma connaissance de musique derrière le texte que j'ai cité, il s'agit d'un poème qui est cité dans le livre de Deborah Davies, Empty Cradle, Broken Heart  (je ne pense pas me tromper de livre... mais...)
Amicalement.

gaëlle Brunetaud 10/03/2007 09:58

Ah c est un poème, je ne sais pas pourquoi j'avais imaginé une chanson..Merci Valérie !gaëlle

gaelle 06/03/2007 22:05

oui Caroline, le corps sait tellement .. je tente de libérer cette mémoire du corps. C est un travail de titan, mais j'espère bien y arriver ! belle soirée

caroline 06/03/2007 12:44

ces courries, je les ai reçus aussi (cf l'article é ans dans ma boîte aux lettres) et j'en ai souffert cruellement.
c'est très difficile de passer ces dates anniversaires, même quand un bébé vivant a fini par prendre place au sein de la famille... malheureusement, le corps imprime les dates souvent bien mieux que nos têtes et même quand on voudrait ne pas avoir à y penser !
amitiés
caroline

gaelle 05/03/2007 21:43

Merci tant, Natte. J'espère que bientôt, nous partagerons le meilleur.. bientôt .. incha allah comme on dit par .. ici... En attendant je regarde Gwen grandir sur vidéo avec plaisir, et espère bientôt la voir pour de vrai. Mille affectueuses pensées

Natte 05/03/2007 11:56

Plein de pensés pour toi, pour Marie-Kerguelen, pour Rafael..Cela me fait étrange de penser aux coïncidences des dates. On s'était connues avant, ailleurs..Je suis revenue sur la liste toute remplie de mon bonheur nouveau, quelques jours après que tu vives ton plus grand malheur.Des années avant, j'arrivais pour la première fois sur cette liste, pleine d'espoirs et de certitudes, d'innocence, d'inconscience. Et Pascalita laissait partir Samuel vers les étoiles...Depuis, et pas seulement à cause des étoiles dans le ciel qui veillent sur nous, vous faites partie de ma vie.. Mais comme j'aurais aimé partager le bon et qu'il n'y ait pas toutes ces douleurs et ces souffrances...Nous n'en aurions pas été moins amies ou moins humaines...Je te souhaite le meilleur et tu le sais bien..Natte