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Livre Papier 14*20 cm, 138 pages, isbn : 978-2-9528879-0-8 imprimé sur papier bouffant ivoiré
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Marie-Kerguelen, le livre

 

 

"Il est des événements dont on ne guérit pas.  

On les porte en soi pour toujours On croit que le temps passe, qu’il lisse l’effroi. 

On croît qu’on a sublimé l’épreuve,
qu’on l’a dépassée, oubliée. 
Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte.
Le cœur, déséquilibré, ne bat plus pareil.
Une fenêtre est béante, le vent s’y engouffre, la vie s’y dérobe.
On est glacé. On est perdu. Une part de soi s’est enfuie.
On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours.
En soi, désormais, quelque chose n’attend plus que la fin.  
Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie. 
En laissant ma fille s'envoler, j'ai trouvé une pierre précieuse,
une petite flamme qui s'apparente au cristal de l'âme..."

Ó gaëlle Brunetaud, extrait de "Marie-Kerguelen"

Mercredi 28 février 2007

C’est si facile, d’ordinaire, de parler des enfants. D’ailleurs c’est le sujet « personnel » préféré à la machine à café. La politique, les salaires, le boulot, tout cela peut séparer. Les enfants rassemblent. Enfin.. en général.
Pendant 4 ans à attendre l’enfant qui ne paraissait pas, j’avais bien du mal à donner une réponse juste avec un visage serein, quand on me lançait : « alors, tu ne veux pas d’enfants, qu’est ce que tu attends, tu vas t’y mettre bientôt ? ». Me mettre à quoi ? A les fabriquer, me répondait on. Mais voilà, moi je ne les fabriquais pas, ou bien je ne savais pas comment ça se fabriquait, un enfant. D’ailleurs je n’arrivais pas à croire que ça pouvait se « fabriquer ». Pour moi, un bébé, on l’accueillait comme un miracle, comme un merveilleux cadeau de la vie.

J’avais peut être une mauvaise recette, un mauvais moule, de mauvais ingrédients. J’avais peut être trop de désir, pas assez de patience, trop de volonté, pas assez de lâcher prise… je n’avais peut être pas de chance, pas un mari fait pour ça, enfin, je ne sais pas. Mais moi, je ne les fabriquais pas. Faire un enfant … ce qui semblait si facile à la plupart m’était impossible.
Alors, selon l’interlocuteur, je disais que mon mari allait traverser l’atlantique à la voile et qu’on verrait après. Ou bien je disais que les enfants, ça ne venait pas toujours dès qu’on en avait envie. Mais plusieurs fois, on m’a répondu que si. Certaines personnes ont de telles certitudes…
Comment leur dire, que non, ce n’était pas l’égoïsme qui m’empêchait d’avoir un enfant. D’ailleurs, quand j’étais petite, je voulais adopter tous les orphelins de la terre, je voulais des enfants de toutes les couleurs, ma tribu imaginaire était aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel ! Non, ce n’était pas l’égoïsme et déjà, je devais faire avec cette absence de réponse. Non, je n’avais pas d’enfants, je ne savais pas pourquoi, et je ne savais pas comment faire pour y remédier vraiment.

Et après Marie-Kerguelen, que dire ?
Au début, à la question « avez-vous des enfants » je répondais « oui, mais pas sur la terre ». Mon interlocuteur se demandait ce que je voulais dire, s’il avait manqué un mot, ou si j’étais de ce genre d’extralucide hallucinée qui croit parler avec les esprits.
Après j’ai dit « non, pas à la manière dont vous l’entendez » ou bien : « oui, mais ils sont morts ». A cette réponse, mon interlocuteur se transformait en statue de sel, se figeait soudain sur place, ses yeux tournaient sur leurs orbites, cherchant vainement ce que je pouvais bien vouloir dire par là. Pourtant c’était clair, mais on aurait dit qu’il était incapable de se figurer la mort d’un bébé. Brusque retournement de la pensée humaine, quand on songe que les mères de nos mères savaient à quel point la mort infantile était fréquente, et la mort néonatale encore plus. Notre génération croit elle que la mort n’existe plus ? Peut être, d’une certaine manière, et nous pourrons en reparler … si vous voulez dire ce que vous en pensez !.

Et puis, enfin, quoi, répondre à la question "avez vous des enfants?" : « non » ?
Oui, parfois, je m’y prends, à répondre non.
Parfois je dis que j’en ai porté 4, et qu’ils n’ont pas pu rester. On m’a déjà rétorqué que je ferais bien de ne plus jamais essayer pour ne pas souffrir encore. Encore une proposition à ranger dans l’immense placard des phrases négatives et vaines...

J’ai du mal à répondre non. Parce que perdre un bébé, c'est possible, ça existe, c’est une réalité, et je voudrais qu’on cesse de le cacher. Je voudrais dire : Non, le deuil périnatal n’est pas une maladie contagieuse. En parler ne va pas faire mourir l’enfant que vous portez. En parler ne va pas faire disparaître l’enfant qui vient de naître. Alors pourquoi faudrait-il le cacher, n’en parler jamais, croire que ça n’arrive pas ? Nos échanges semblent dire que ce n’est pas si rare, de  perdre un enfant.
Alors j’aimerais savoir ce que vous, à cette question vous répondez ?

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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Commentaires

En voila une question importante et dificile!


Moi je repond selon la personne qui me pose la question tout simplement. Quand il s'adit d'une conversation de tout les jours avec une personne de passage je ne parle pas de mes bebes qui n'ont pas survecu plus par pitier pour ces personnes qui posait une question somme toute assez innocente... en general. Si je leur racontais toute mon histoire je serai obligee de me retrouver de nouveau a "consoler" une personne etrangere. Je me suis souvent retrouvee dans cette situation ou mes interlocuteurs se sentaient tellement desolee pour moi que c'est moi qui devait quasiment les rassurer, a la longue c'est pesant.


Par contre quand il s'agit de personnes qui ont une tendance a la curiosite malsaine je n'ai pas peur de dire que j'ai trois enfants mais seulement une qui est rentre avec moi de la maternite les deux autres n'ont pas survecu a la neonat. Ca les cloue pour un moment et j'en profite en general pour me detourne ou m'en aller. Quand on est trop curieux il faut s'attendre a de mauvaises surprises quelques fois.


Je n'ai pas honte de ce qui m'est arrive, je n'ai pas non plus de probleme pour en parler a qui veut bien entendre et puis ceux qui ne veulent pas savoir ils n'ont qu'a pas demander.


Alors voila comment moi je vis les choses. Avec les annees je me suis construit une armure contre la betise et l'ignorance des gens et je dois dire que je ne m'etonne plus des reactions que peuvent avoir les autres sur ce sujet trop tabou.


 


Ariane la maman de


Dar 25-27.9.2002


Ella 16.9.2003


Eden 9.3.2005........le soleil de ma vie

commentaire n° : 1 posté par : ariane le: 28/02/2007 20:19:45

Merci Ariane,
Oui, je me rappelle aussi.. avoir été obligée de consoler les autres. Une collègue est tombée dans mes bras en pleurant quand j'ai perdu Rafaël. elle, elle avait son bébé vivant. elle pleurait le mien parce que, comme le sien, c etait un garçon...
Ne pas avoir honte, oui, c est important.


à bientôt Ariane


gaëlle


 

commentaire n° : 2 posté par : gaelle (site web) le: 28/02/2007 21:00:06

que c'est dur, de savoir quoi répondre !


moi aussi je passée par tous ces stades...


le pire, c'est que même quand on a enfin unenfant vivant, ça ne change rien au problème : j'en ai parlé dans un article asssez récent d'ailleurs ! http://mafilleunefee.over-blog.com/article-4465207.html


à bientôt


caroline

commentaire n° : 3 posté par : caroline (site web) le: 02/03/2007 10:20:07
oui Caroline, j'ai lu ton article. Merci.
c est troublant comme tes mots font échos aux miens, me donnent envie d écrire en parallèle, comme une variation instrumentale..
J'ai aimé ton article sur la maternité obsessionnelle !
J'aime beaucoup venir sur ton site, ne serait ce que pour la musique que je laisse tourner en boucle.. elle est si douce, c est comme une caresse, d ou vient elle ?
Belle soirée
gaëlle
commentaire n° : 4 posté par : gaelle (site web) le: 02/03/2007 22:48:55
bonjour Gaëlle,

A chaque fois que l'on me pose la question : "avez vous des enfants?" je n'arrive pas pas à dire non. je réponds que j'en ai quatre et qu'ils sont tous partis. puis je regarde le ciel. c'est vrai que les gens autour de moi ont très peur de ces décès comme si celui pouvit être contagieux. comme si je portais le malheur. mes enfants se sont envolés mais ils m'ont laissé un très beau cadeau : la volnté de toujours me battre et de profiter de la vie...pour moi mais aussi pour eux.
commentaire n° : 5 posté par : johanna le: 03/03/2007 13:10:21

vous aussi, Johanna, vous en avez perdu 4 ... eh bien vous n êtes pas seule. Mais bien sûr, vous le savez...
Et oui, je crois, l'envol de nos bébés, comme la mort, ont un cadeau de vie à nous offrir. Tous ceux qui se laissent toucher y gagnent quelque chose... voir chaque jour comme un soleil nouveau, voir chaque instant comme une éternité ... et tant d autres choses.
comment s appelent vos enfants  ? comment apprivoisez vous leur absence sur la terre ?


Merci Johanna.


gaëlle

commentaire n° : 6 posté par : gaelle (site web) le: 03/03/2007 13:33:10
mes quatre petits anges ont pour prénoms :

Manon partie à 16 sa en novembre 2002

Ange parti à 12 sa, nous ne savons pas sont sexe d'où le prénom Ange en mai 2003

Adrien né à 7 mois en juin 2005 et décédé deux jours après sa naissance.

Ptit kunkun que j'ai perdu à 1 mois de grossesse en juin 2006.

je suis porteuse saine d'une maladie génétique rare qui est le syndrome de BEckwith Wiedemann. nous savons que manon et adrien ont malheureuse ment hérité de ce mauvais gêne qui a provoqué chez eux la maladie. cette maladie qui les a tués. pour Ange et Ptit kunkun nous avons pas eu le temps de faire les examens nécessaires.

je vis très mal leurs absences. après l'envol de mes deux premiers bébés, je ne voulais qu'une chose les rejoindre. après avoir perdu Adrien, j'ai failli mourir d'une crise d'éclampsie. alors maintenant j'essaye de relativiser les choses. oui mes enfants me manquent, mais je les sens tous le sjours présents dans mon coeur, dans ma vie. ils m'aident à avancer. à être toujours de bonne humeur. je veux que là où ils sont ils voient une maman joyeuse qui profite de la vie.

je me suis séparée du papa de mes quatre bébés. chacun essaye de refair sa vie chacun de son côté. à 25 ans c'est pas toujours facile. mais y a til un âge pour accepter la mort de son enfant ? j'écris moi aussi un livre depuis plusieurs mois sur mes enfants, sur le syndrome, sur l'incompréhension des gens dans le deuil périnatal. ce n'est pas facile. c'est un exercice très douloureux mais cela me fait du bien.

je rêve toujours de maternité, mais mes chances d'être un jour maman sont très faibles. mais je veux garder espoir...

johanna
commentaire n° : 7 posté par : johanna le: 03/03/2007 13:48:53

Merci pour ta confiance Johanna,
j'ai connu cette envie là : rejoindre mes enfants. Puis mon optimisme et ma vitalité ont repris le dessus...  heureusement !
j'ai moi aussi vécu la séparation avec le papa de Marie-Kerguelen. Ce n'est pas rare. Tant de choses peuvent séparer ...
Je te souhaite un bon chemin dans ton travail d'écriture, si, quand tu auras fini, tu as besoin de conseil, eh bien je ne serai pas loin.. tout dépendra de ce que tu veux faire de ton texte, et de l'échos qu'il peut susciter. Et puis moi aussi, dans cette aventure, j'en suis aux commencements !
Je suis aussi sensible à cette difficulté génétique. Nous avions, dans notre couple, une difficulté génétique supplémentaire. Marie-Kerguelen semble en avoir été épargnée, l'épreuve en a été d'autant plus difficile : ce bébé là semblait "normal", et pourtant, elle nous avait été enlevée...
On maitrise si peu ... alors, oui, garde espoir ! Parce quand du côté du meilleur également, on ne sait rien !
à bientôt Johanna

commentaire n° : 8 posté par : gaelle (site web) le: 03/03/2007 15:27:46
Comme toute personne qui a perdu un enfant, je reste nuancée face à l'interlocuteur qui me demande combien j'ai d'enfants.
1 ou 2 cela dépend de qui me demande.
Mais il n'est pas rare que lorsque je dise "2" puis que j'explique le décès périnatal de ma fille, on me rétorque alors "j'ai aussi fait une fausse couche à 2 mois il y a x années". J'ai quelques envies de meurtres alors et je finis par tourner les talons en fin de compte. Inutile de s'étendre avec des personnes douées d'autant d'empathie ;-) Je ne me sens pas à la hauteur.
Bref, ma fille reste à un endroit où personne ne peut l'atteindre : dans mon coeur
commentaire n° : 9 posté par : Marie (site web) le: 04/03/2007 23:50:59
Oui, il faut trouver moyen de dire pour se faire respecter, sans que la réponse de l'autre (alors que nous n'en attendons pas) ne puisse nous affecter négativement !
comme tu le dis, "il existe un espace que rien ne menace, que rien n'a jamais menacé et qui n'encourt aucun risque de destruction, un espace intact, celui de l'amour qui a fondé notre être". C'est Christiane Singer qui a écrit cela. Et c est dans cet espace là que "sont" nos enfants.
Belle journée Marie
réponse de : gaëlle Brunetaud (site web) le: 05/03/2007 07:55:32
Bonjour Gaëlle,
Moi je n'ai pas résolu ce problème. Enceinte de triplées, j'ai perdu l'an dernier Raphaëlle in utéro à 22SA, comme ta petite fille, et Marie à la naissance à 26+5, toutes les deux victimes du "syndrôme transfuseur-transfusé" qui peut affecter les vrais jumeaux. Heureusement, ma petite Charlotte s'est battue comme une lionne contre la grande prématurité et elle fait à présent notre bonheur. Mais quand je me promène avec elle, j'aimerais parfois dire aux gens: en fait je suis la maman de trois petites puces, mais la vie a fait que j'en ai une contre moi et deux dans mon coeur. C'est tellement dur. En même temps il faut que je me consacre entièrement à Charlotte!
commentaire n° : 10 posté par : Elisabeth le: 11/03/2007 20:48:08
Oui ce doit être dur et tout particulier, d'en avoir un et d'en avoir perdu deux ... Comment avez vous annoncé la naissance de Charlotte ?
à bientôt Elisabeth
gaëlle
commentaire n° : 11 posté par : gaelle (site web) le: 11/03/2007 21:28:57

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