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gaelle brunetaud 6 rue de breteuil 94100 Saint Maur des Fossés

Livre Papier 14*20 cm, 138 pages, isbn : 978-2-9528879-0-8 imprimé sur papier bouffant ivoiré
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83 pages en format 21*29,7cm

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Marie-Kerguelen, le livre

 

 

"Il est des événements dont on ne guérit pas.  

On les porte en soi pour toujours On croit que le temps passe, qu’il lisse l’effroi. 

On croît qu’on a sublimé l’épreuve,
qu’on l’a dépassée, oubliée. 
Pourtant, le mal est fait, et, au plus profond de soi, la douleur est intacte.
Le cœur, déséquilibré, ne bat plus pareil.
Une fenêtre est béante, le vent s’y engouffre, la vie s’y dérobe.
On est glacé. On est perdu. Une part de soi s’est enfuie.
On est fragilisé à jamais, en manque pour toujours.
En soi, désormais, quelque chose n’attend plus que la fin.  
Il faut peut-être plonger profond pour trouver la source de sa vie. 
En laissant ma fille s'envoler, j'ai trouvé une pierre précieuse,
une petite flamme qui s'apparente au cristal de l'âme..."

Ó gaëlle Brunetaud, extrait de "Marie-Kerguelen"

Jeudi 22 février 2007

Les enfants qui ont perdu leurs parents sont des orphelins, mais que sont les parents qui ont perdu leurs enfants ?

Il n’y a pas de mots pour les décrire, ou bien je ne les connais pas. Et d’ailleurs, tant qu’on n’a pas un autre enfant sur la terre, on n’est même pas considéré comme parent.

Il faudrait pouvoir se soustraire du regard des autres, n’écouter que sa petite voix intérieure, trouver nos mots pour dire notre peine et la réalité de notre vie. Mais avant que cela soit possible, il faut laisser le temps « panser » un peu nos blessures. Car au début de l’épreuve, on est si fragile que tout nous bouleverse.

Le bébé qui était au-dedans de nous a disparu, il a été expulsé de son nid, il est mort juste après.

Dans l’épreuve, j’avais perdu la lucidité, et avec elle la capacité de discerner, de séparer. Nous avions enterré notre enfant. Marie-Kerguelen avait un prénom et un nom de famille. A quelques jours près, on m’aurait dit que son petit corps était une partie de moi, pas un être vivant qui pouvait être déclaré à l’état civil. J’aurais donc pu dire que j’étais amputée. Et c’est bien ce que je ressentais aussi : une amputation. On m’avait enlevé ce qui m’apparaissait comme le plus précieux : l’enfant que je portais. Je ne savais plus laquelle de nous deux était morte, qui était sous terre, elle ou moi ? Je ne reconnaissais plus le dedans du dehors, je ne faisais plus bien la différence entre ma pensée et celle des autres. Les paroles, d'où qu'elles viennent, avaient le même impact. Le monde était devenu un puzzle dont je ne voyais plus que les pièces desassemblées. Tout m’était étranger.

J’écoutais ce qu’on me disait avec plus d’attention qu’avant, persuadée qu’eux savaient, puisqu’ils avaient réussi ce que j’avais été incapable de faire : mettre au monde un bébé vivant.

Certains me disaient que Marie-Kerguelen était partie parce que … nous n’étions pas prêts, elle voulait nous laisser un message … Leurs termes étaient si durs, pouvaient-ils être vrais ?

Non, non, il ne fallait rien conclure, pas maintenant … il fallait laisser un peu de temps …

Car avec ce temps « qui panse », avec ce temps qui lasse, avec ce temps qui passe, une certitude est venue : toutes ces personnes bien intentionnées commettaient une erreur de base. Une faute de grammaire élémentaire : elles confondaient la cause et la conséquence.

Notre fille n’était pas partie parce que … elle était partie alors …

Le soleil, comme la maternité, se donne à tous sans distinction. Il ne calcule rien au mérite. Le soleil donne davantage aux gens du sud qu’aux gens du nord, mais ça ne signifie pas que les gens du nord soient plus mauvais, moins méritants, qu'ils aient davantage à changer, qu'ils aient des fautes à confesser. Ils sont au nord, et c’est tout.

Parfois on aimerait bien déménager … mais on est là, et c’est dans cette réalité là qu’il faut s'inscrire. C'est à nous de trouver les mots pour dire notre réalité.

par gaëlle Brunetaud publié dans : expérience vécue
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